Lettre à Michel Houellebecq

Houellebecq, flammarionCher Michel,

Je peux vous appeler Michel ? Vous trouverez sans doute cette entrée en matière quelque peu cavalière, voire convenue et on ne peut plus classique, mais je n’ai pas la prétention d’être aussi douée que vous pour entamer un texte. Ce qu’il y a, c’est qu’après avoir lu une partie de vos romans, j’ai l’impression de vous connaître intimement.
Cher Michel donc, je prends la plume aujourd’hui (ou plutôt le clavier) pour vous dire tout le respect que j’ai pour votre travail. Vous êtes doué, Michel. On a déjà dû vous le dire à de multiples reprises et je ne sais pas si vous goûtez spécialement la flatterie, mais après tout je ne vois pas pourquoi vous prendriez mal un tel témoignage d’admiration. Quand on reconnaît le génie, celui de l’écriture j’entends, pourquoi se taire.
J’ai longtemps eu un blocage avec vous. La petite bourgeoise à la vie bien trop lisse que je suis se voyait gênée par vos apparitions publiques et vos propos subversifs. Oui, j’étais plus que dubitative face à l’image d’alcoolique paumé que sembliez vouloir donner. Et puis, celui qui partage ma vie s’est mis à dévorer vos œuvres. Il riait à gorge déployée en vantant vos talents de narrateur. Mais il ne m’incitait pas pour autant à vous lire, pensant que j’allais être choquée par des propos parfois limites (un peu salaces, quoi).

Curieuse, j’ai donc commencé Plateforme. J’y ai découvert un auteur qui dépeint la société avec brio, clairvoyant et caustique sur le monde qui l’entoure, pas du tout « perché » comme je le croyais. Vous savez être drôle, Michel. Dans La carte et le territoire je me suis rendue compte du recul que vous aviez sur vous-même et de la maîtrise très précise de l’image que vous renvoyiez. Michel, vous m’avez tout de même un peu agacée en vous comparant à une vieille tortue ridée (ou fripée, je ne sais plus). Certes, c’est le cas, mais vous êtes allé un peu loin en nous exposant votre mal-être et votre solitude. On n’a pas envie de connaître tous les tourments qui vous rongent, Michel. C’est sûrement pour cela qu’Extension du domaine de la lutte m’a moins plu que les autres. Vous y décrivez pourtant si bien la dépression ! Enfin, je n’ai pas lu votre dernier né, Soumission. Pas à cause du contexte dans lequel il est paru. Non, surtout parce que je n’en ai pas encore pris le temps.
Cher Michel, cette lettre n’aura peut-être pas grand intérêt à vos yeux, mais il était important pour moi de vous dire combien j’admire votre style. Vous étiez vraiment fait pour écrire. Vous au moins, au prix de sacrifices certainement, vous avez trouvé votre voie. J’ignore quelle est la part d’inné, de plaisir et de travail dans tout ça, mais quoiqu’il en soit : bravo, le résultat est réussi. Il ne fait aucun doute qu’il émane d’une grande intelligence, au service d’une grande sensibilité.

Au plaisir de vous lire,

Cet article a été publié dans Aix-eterra, Culture & confiture avec le mot-clé . Mettre en signet le permalien.

2 Responses to Lettre à Michel Houellebecq

  1. Je serai curieuse d’avoir ton avis si toutefois tu lis Soumission.
    De mon côté, je n’ai jamais lu Houellebecq mais je ne doute pas de son intelligence et de sa sensibilité. Mais aussi de son besoin de provoquer et peut-être un peu trop !

    • Sylvie Tellor dit :

      Je te donnerai mon avis dès que je l’aurais lu. Oui, je suis un peu d’accord sur le côté provoque de certains thèmes choisis, mais ça n’enlève rien à son « génie ».
      Merci de ton passage, nouvelle Fille de l’encre.

Répondre à Sylvie Tellor Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Current month ye@r day *